• Guerre d’Algérie: la décision de Macron

    Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de l’État dans la mort du militant anticolonialiste Maurice Audin durant la Guerre d’Algérie. Une décision critiquée par l’ancien ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux (LR), mais saluée par l’essayiste et historien Pascal Bruckner.

    Après 60 ans de combat, la famille Audin a obtenu que l’État reconnaisse sa responsabilité dans la disparition puis la mort de Maurice Audin en 1957 en Algérie. Un « pardon » qu’est venu demander Emmanuel Macron à la veuve de ce mathématicien anticolonialiste, jeudi, à son domicile.

    Une mauvaise décision pour Brice Hortefeux, ancien ministre de l’Intérieur, pour qui il faut arrêter de « se repentir sur des actes qui ont été commis par des générations précédentes ». À l’inverse, cet acte est salué par l’historien Pascal Bruckner, pour qui « il est temps d’en finir avec la culture du secret ».

    Brice Hortefeux : «Assez de repentance»

    L’ancien ministre de l’Intérieur (LR) Brice Hortefeux./LP/Matthieu de Martignac

    Est-ce une bonne chose de reconnaître la responsabilité de l’État français dans la mort de Maurice Audin ?

    BRICE HORTEFEUX. Assez de repentance, et plus de mémoire ! La guerre d’Algérie a été un drame pour cette colonie française depuis 1 830. Chacun se souvient que 250 000 Algériens furent tués, dont 12 000 dans des purges internes. Quant aux Français, 25 600 soldats sont morts, et je n’oublie pas les 150 000 harkis morts au combat ou par exécution pour avoir été fidèles à notre pays.

    En quoi cela empêche la repentance ?

    L’histoire est un tout, nous la recevons en héritage avec ses heures glorieuses comme ses heures sombres. Nous devons l’assumer et ne jamais l’oublier. Mais plutôt que de se repentir sur des actes qui ont été commis par des générations précédentes, apprenons aux nouvelles générations à comprendre ce qui s’est passé.

    Le président a-t-il raison ou tort de reconnaître l’existence d’un système « arrestation-détention » - en clair, un permis de torturer - confié à l’armée ?

    N’oublions pas que des centaines de policiers et militaires ne faisaient qu’appliquer les décisions du gouvernement et ils ne peuvent pas être jugés aujourd’hui responsables des drames qu’ils ont partagés. C’est une erreur de vouloir faire porter la responsabilité sur telle ou telle institution.

    Vous y voyez un ferment de polémique après tout ce temps ?

    La repentance ne doit pas être un culte, la mémoire doit être un devoir.

    Les Algériens devraient-ils faire un geste analogue pour les morts provoquées par le FLN ?

    La page doit être tournée.

     
    Le Parisien: Brice Hortefeux et Pascal Bruckner s’opposent sur la décision d’Emmanuel Macron.
    © RSN Tv

    "Brice Hortefeux et Pascal Bruckner s’opposent sur la décision d’Emmanuel Macron".  

    Pascal Bruckner : «On ne gagne rien à dissimuler la vérité»

    L’essayiste et historien Pascal Bruckner./LP/Arnaud Journois

    Que pensez-vous de la reconnaissance du rôle de l’État français dans la mort de Maurice Audin ?

    PASCAL BRUCKNER. C’est une très bonne chose, car c’est toujours mieux de dire la vérité, même si l’affaire Audin n’est qu’une anecdote dans la guerre d’Algérie. Plus on fera la lumière sur les événements, mieux ça vaudra pour tout le monde, Français comme Algériens. On ne gagne rien à dissimuler la vérité, il est temps d’en finir avec la culture du secret. On a mis déjà plus de 20 ans à reconnaître que ce qui s’est passé en Algérie était une guerre.

    Que répondez-vous à ceux qui estiment que cela va ouvrir une brèche ?

    S’il y a des brèches à ouvrir, c’est qu’il y avait encore des choses à dissimuler. On a tous à gagner à ce que la vérité soit dévoilée. Quand on sait que l’Algérie a laissé l’aviation française survoler son territoire pour intervenir au Mali en 2013, on mesure le chemin déjà parcouru.

    Vous étiez pourtant sévère lorsque Macron, en février 2017, avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité » ?

    À l’époque, j’avais dit que ce terme était excessif et complaisant avec les Algériens, car on ne peut pas amalgamer tous les phénomènes historiques et il y a des gradations dans le crime. Je suis pour une politique de la franchise, et la colonisation de l’Algérie a été une folie absolue. Il faut reconnaître les actes commis par l’armée française à l’époque. J’ai toujours plaidé pour une reconnaissance mutuelle et j’aimerais que l’État algérien reconnaisse aussi ses crimes commis contre ses compatriotes et contre les Français d’Algérie.

     


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